Message du President de la Commission de l’Union Africaine SE M Moussa Faki Mahamat à l’occasion de la 54 ème journèe de l’Afrique

(Image: African Union Foundation)

Addis Abeba, 25 Mai 2017: Africaines, Africains,

En ce jour historique du 25 mai 2017 où nous célébrons, comme chaque année, la libération de notre Continent du joug colonial et de son unité tant rêvée, il me plait de m’adresser à vous, mes chers compatriotes africains, avec toute l’humilité et la force de mes convictions, pour rendre un vibrant hommage aux Pères fondateurs et m’incliner devant leur engagement sans faille en faveur d’une Afrique debout, libre, unie, solidaire et fraternelle. La naissance de notre Organisation le 25 mai 1963 à Addis-Abeba a consacré le plus grand tournant de l’histoire moderne de notre Continent.

La Journée de l’Afrique est aussi une occasion pour nous de célébrer les progrès notables enregistrés par le Continent depuis la naissance de l'OUA. L'amélioration de la paix et de la stabilité, de la gouvernance démocratique, le développement humain, la promotion et la protection des droits humains, la quête d’une intégration régionale et continentale accélérée à travers la réalisation des projets régionaux et continentaux, la réalisation de la parité hommes femmes dans les institutions nationales et continentales, la réduction de la mortalité infantile et maternelle, sont autant d’éléments tangibles pour lesquels l’Afrique doit en être fière.

Nonobstant ces avancées, l’Afrique continue de faire face à de nombreux problèmes au rang desquels, on note principalement la question de la maitrise de la croissance démographique, la protection de l’environnement et des changements climatiques, la migration, le sous-emploi de la jeunesse, le terrorisme, la radicalisation, les trafics, le déficit de gouvernance politique et démocratique bref, la paix et la sécurité. Après 54 années, le chantier de la construction de l’unité des peuples africains reste encore grandement ouvert tandis que les défis auxquels, africaines et africains, doivent collectivement faire face, ne cessent de croître.
 
Avec 5 % de croissance en moyenne sur les quinze dernières années et six Etats membres figurant dans « Top 10 mondial » des économies les plus dynamiques, force est de noter aujourd’hui que l’Afrique est l’une des parties du monde où la croissance est certes la plus rapide, mais qui peine à tirer pleinement profit de ses immenses ressources humaines et naturelles.
 
C’est donc en réponse à ces défis immenses que lors de la 24ème session ordinaire de la Conférence de l’Union africaine qui s'est tenue en janvier 2015 à Addis-Abeba en Éthiopie, les Chefs d'État et de gouvernement africains ont adopté l’Agenda 2063, consacrant un programme de transformation structurelle pour les cinquante prochaines années. Ce programme ambitieux interpelle tous les Africains et en particulier leurs gouvernants. La réalisation de ce projet se fera en plusieurs étapes, tel que le prévoit le Premier Plan décennal de mise œuvre 2014-2023.

Dans ce sens, un certain nombre de projets intégrateurs prioritaires sont en cours de mise en œuvre à savoir : la libéralisation de l’espace aérien africain, la Zone de libre-échange continentale la Stratégie africaine des matières premières, le passeport africain et la libre circulation des personnes et des biens, l’Université panafricaine, la fin des conflits en faisant taire les armes d’ici à 2020.

Il est important de souligner la place privilégiée, que l’Agenda 2063, donne à la femme africaine et aux jeunes en ceci qu’elle invite le continent à promouvoir l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes et des jeunes dans toutes les sphères de la vie.

Nos Chefs d’Etat et de Gouvernement ont parfaitement mesuré l’ampleur de la tâche de traduire cet agenda 2063 en actes concrets. C’est cet engagement qui a conduit à adopter la décision historique du Sommet de Kigali de juillet 2016, affirmant leur ferme volonté de mettre en place un mécanisme efficace de financement de cette ambitieuse vision. 

L’application rapide et rigoureuse de cette décision n’est plus seulement une réponse à l’urgence financière, elle est aussi désormais une question de crédibilité et de l’affirmation du leadership africain.

En même temps, les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont adopté en janvier 2017 un train de réformes sur la base des recommandations du Rapport du Président Paul Kagamé. La mise en œuvre effective de ces réformes permettra de redonner une nouvelle vie à l’Organisation.

Dans cette démarche légitime de consolidation de notre souveraineté financière, nous Nous devons aussi promouvoir les synergies et la complémentarité entre les Objectifs de développement durable des Nation Unies à l’horizon 2030 et l’Agenda 2063. La signature en avril 2017 d’un Cadre commun ONU-UA pour un partenariat renforcé en faveur de la paix et de la sécurité, participe de cette logique.

En évoquant ce besoin d’un partenariat renforcé en faveur de la paix et de la sécurité, un des axes prioritaires de mon mandat, comment ne pas vous avouer avec franchise, mon déchirement face aux drames atroces qui endeuillent le Soudan du Sud, la Somalie, le pourtour du Lac Tchad, la RCA, le Sahel.

De tous ces désastres, la funeste tragédie du Soudan du Sud est la plus insupportable. Le cortège de crimes commis par les parties et les souffrances indicibles, infligées délibérément, aux populations civiles dont plus de 60% a besoin d'assistance humanitaire, plus de 2 millions sont des déplacés internes, plus d'un million sont réfugiés ; la famine en cours...ne saurait perdurer. Oui, la dénégation de tout humanisme en cours dans ce pays est une honte à l’honneur et à la dignité de l’homme africain.

J’ai moi-même été témoin, quelques jours après ma prise de fonction, de l’ampleur insoutenable de ce drame. J’appelle instamment les parties à faire cesser ces crimes de masse et d’asseoir sans délai un dialogue inclusif pour redessiner un destin pour leur peuple. Cette situation ne peut continuer éternellement. Nous sommes prêts à les y aider de toutes nos forces et de toutes les intelligences.

Africaines, Africains,

Nous célébrons cet anniversaire mémorable sous le thème ''Tirer pleinement profit du dividende démographique à travers les investissements dans la jeunesse''. La population africaine a atteint en ce mois de mai 2017, plus de 1, 2 milliards d’habitants, soit environ 17 % de la population mondiale avec une moyenne d’âge de 19,5 ans. Cela fait de l’Afrique le deuxième Continent le plus peuplé du monde après l’Asie et également le Continent disposant de la plus jeune population active. Il importe donc de transformer cette immense énergie humaine en outil de développement dynamique et créateur.devons naturellement garder à l’esprit l’apport de nos partenaires internationaux qui, dans un esprit de solidarité et de partage, nous ont toujours accompagnés. 

Investir dans la jeunesse en Afrique passe par un effort important de mobilisation transversale en s’appuyant sur une croissance économique soutenue, la création d’emplois à travers l’entreprenariat tous azimuts, l’investissement dans l’éducation, l’amélioration des services sociaux dont l’universalisation de la sécurité sociale et de la santé. Cet investissement dans la jeunesse africaine passe aussi par la promotion de la culture, des valeurs positives partagées et le sport.

A ce propos, un de nos héros africains, le Président Nelson Mandela disait :
“ Le Sport a le pouvoir de changer le monde. Il a le pouvoir d’inspirer, il a le pouvoir d’unir les peuples qui est unique. Il parle le langage de la jeunesse. Le Sport peut régénérer l’espoir perdu”.

L'Union africaine, reconnaissant le sport et l'activité physique comme étant des outils efficaces pour atteindre l'intégration sociale et économique, les utilise de façon significative pour relever les défis de santé, de prévention et de reconstruction post conflit. C’est dans ce cadre que la commémoration de cette journée sera bien marquée par des compétitions sportives.

Africaines, Africains,

L’Afrique ne veut plus rester en marge et elle n’accepte plus la marginalisation. Nous avons tous, leaders politiques, société civile, secteur privé, citoyens lambda, diaspora, etc., l’obligation morale de travailler à lutter contre cette marginalisation de l’Afrique.

Je vous invite, frères et sœurs, du fond du cœur, à nous donner la main pour additionner, dans un bel élan synergique nos efforts pour multiplier les chances d’une intégration réussie de notre mère Afrique.

A ce égard, il me plait ici de saluer encore une fois le retour du Maroc à l’Union Africaine ce 30 janvier 2017, après 33 ans d’absence. Comme sa Majesté le Roi Mohamed VI l’a proclamé, c’est là une occasion pour rassembler tout le Continent pour consolider la cohésion du peuple africain tout entier.

Fort de la détermination de tous ses cinquante-cinq Etats Membres, notre Organisation continentale entreprendra la reforme résolue de son fonctionnement et s’attellera à relever tous les défis de développement politique et socio-économique qui entravent sa marche vers la réalisation de la vision : une Afrique intégrée, pacifique, prospère.

La Commission de l’Union africaine que j’ai l’honneur et le privilège de présider, jouera pleinement sa partition, en étroite collaboration avec tous les Etats membres, dans cet effort collectif pour une Afrique libre, souveraine et indépendante dans ses choix, une Afrique qui offre à ses filles et à ses fils fierté, dignité, bonheur et prospérité.

Bonne fête à tous et Que Dieu bénisse l’Afrique !